La Société des Amis du Musée Crozatier fête ses 40 ans : quatre décennies au cœur de la vie culturelle vellave.

Vue du Musée Crozatier avant rénovation. Crédit photo: « Musée Crozatier »

Il est des anniversaires qui méritent qu’on s’y attarde. Celui de la Société des Amis du Musée Crozatier, la SAMC, en fait assurément partie. Fondée en 1986 par une poignée de passionnés du patrimoine vellave, l’association célèbre cette année ses quarante ans d’existence — quatre décennies d’engagement discret mais déterminant au service de la culture et du rayonnement du territoire. Avec plus de 500 adhérents, elle s’impose aujourd’hui comme l’une des associations culturelles les plus importantes du département.

Un partenaire essentiel du Musée Crozatier

La SAMC n’est pas une simple association d’amateurs éclairés. Elle joue un rôle d’acteur à part entière dans la vie culturelle locale, en tissant des liens durables entre le musée, les collectivités territoriales et le grand public. Véritable courroie de transmission, elle incarne cette conviction que la culture ne saurait rester l’apanage de quelques-uns, mais doit irriguer l’ensemble du tissu social.

Son double objectif, affiché depuis l’origine, reste d’une parfaite cohérence : contribuer au rayonnement du Musée Crozatier et participer à l’enrichissement de ses collections.

Ainsi, grâce aux cotisations de ses membres, la SAMC participe régulièrement à l’acquisition ou à la restauration d’œuvres. Des tableaux, des objets d’art, des pièces d’artisanat local ou des documents historiques ont ainsi pu rejoindre les réserves et les salles d’exposition.

Vierge en majesté du XIIᵉ siècle. Crédit photo: « Musée Crozatier »

Parmi les dernières acquisitions soutenues financièrement par la Société des Amis du Musée Crozatier, deux œuvres se distinguent par leur importance patrimoniale. La première est une exceptionnelle Vierge en majesté du XIIᵉ siècle. La seconde est un pastel de Charles Maurin, figure majeure de la scène artistique vellave de la fin du XIXᵉ siècle. Ces deux acquisitions illustrent l’engagement constant de l’association en faveur de l’enrichissement des collections du musée.

Couple au bord de l’eau. Pastel et crayon noir de Charles Maurin. Crédit photo: « Musée Crozatier »

La SAMC s’attache également à ne laisser personne au bord du chemin. Elle collabore avec les services de médiation du musée pour proposer des activités spécifiquement conçues pour les publics empêchés — résidents d’EHPAD, personnes en situation de handicap —, pour qui l’accès à la culture nécessite une attention et une organisation particulières. Elle entretient par ailleurs un lien étroit avec le collège Jules Vallès, qui dispose d’une classe musée : soutien financier et présence active de ses membres y vont de pair.

Un programme culturel d’une grande richesse

Si la SAMC se distingue par son rôle de soutien institutionnel, c’est aussi par la vitalité de sa programmation culturelle qu’elle fidélise ses membres et attire de nouveaux adhérents. Pour cette année anniversaire, le programme s’annonce une nouvelle fois riche, souvent élaboré en étroite collaboration avec les équipes du Musée Crozatier.

Les conférences et rencontres autour de l’histoire de l’art et du patrimoine constituent un pilier traditionnel des activités de l’association. Ces conférences, en majorité proposées en partenariat avec le musée, sont gratuites et ouvertes à tous.

Les voyages et sorties culturelles représentent une autre facette appréciée du calendrier associatif. Musées nationaux et régionaux, sites historiques, ateliers d’artistes : autant de destinations qui permettent aux adhérents de sortir du cadre local pour aller puiser ailleurs des sources d’inspiration et d’émerveillement, tout en resserrant les liens au sein de la communauté.

Originales et très prisées, les randonnées thématiques proposent quant à elles une approche singulière du territoire. Associant patrimoine bâti, histoire locale, botanique ou géologie, ces parcours invitent à redécouvrir le paysage vellave sous un angle inédit, à la croisée des sciences et des humanités. Une manière de rappeler que la culture ne se limite pas aux salles d’exposition, mais se niche aussi dans chaque pierre, chaque plante, chaque ligne de crête.

L’association propose avec le Ciné-Dyke, des cycles cinéma, permettant d’explorer l’art et le patrimoine à travers le prisme du septième art, et s’implique activement dans les grands rendez-vous culturels du Puy-en-Velay, tels que la Nuit européenne des musées ou la Fête de la Science. Autant d’occasions de toucher un public plus large, y compris des personnes qui ne franchiraient pas spontanément le seuil du musée.

La section Jeunes Amis : la jeunesse s’investit

Créée il y a trois ans, la D’jam ouverte aux 18-36 ans s’attache à proposer des visites décalées, ateliers de création et sorties en région dans des formats conçus pour sa génération, dans un esprit résolument convivial. Avec un tarif adhésion adapté, la D’jam est la porte d’entrée idéale pour les jeunes qui souhaitent s’approprier leur patrimoine autrement.

Un accès privilégié à la culture

Adhérer à la SAMC — ou à sa toute nouvelle section jeunes —, c’est aussi bénéficier de l’accès gratuit au musée tout au long de l’année. Au-delà des avantages pratiques, l’adhésion représente avant tout un geste militant : celui de soutenir une institution culturelle et de s’inscrire dans une communauté de passionnés qui partagent le même amour du patrimoine et de la transmission.

Aux origines : une histoire ancrée dans le territoire

Pour comprendre ce qu’est devenue la SAMC, il faut remonter aux racines de l’institution qu’elle a choisi de défendre. Le musée Crozatier du Puy-en-Velay est fondé en 1820 à l’initiative du préfet de la Haute-Loire, avec un groupe d’érudits locaux : François Gabriel de Becdelièvre, Jacques-Matthieu Bertrand de Doue, Jacques Mangon de Lalande et Alexandre Ruelle. Leur objectif est de créer un musée encyclopédique destiné à l’instruction du public.

Dès l’origine, les collections couvrent trois grands domaines : beaux-arts, archéologie et sciences naturelles. Elles proviennent de dons, de dépôts de l’État et de collectes locales. Le musée s’installe d’abord dans une ancienne chapelle de la ville haute.

La gestion est assurée par la Société académique du Puy, qui organise l’enrichissement des collections tout au long du XIXᵉ siècle. L’augmentation des fonds entraîne la construction d’un nouveau bâtiment au milieu du siècle. En 1868, le musée est agrandi et prend le nom de Musée Crozatier, en hommage à Charles Crozatier, dont le legs finance l’édifice.

Carte postale. Ancienne muséographie du XIXe siècle, caractérisée par une accumulation de tableaux du sol au plafond, typique des salons artistiques de l’époque. Crédit photo : Louis Lévy et fils.

C’est dans cet héritage que la Société des Amis du Musée Crozatier prend racine. En 1986, Jean-René Mestre en devient le premier président, structurant les statuts, les premières cotisations et les premières activités. Robert Séguy lui succède en 1996 et ouvre l’association aux publics scolaires, notamment à travers le projet « Mus’écoles », opération novatrice menée en partenariat avec le Service éducatif du musée, la DRAC et l’Éducation nationale. Puis Joëlle Garnier insuffle en 2008 un nouveau départ à l’association, ouvrant la programmation aux formes artistiques les plus diverses. Marie-Christine Fabre prend ensuite la présidence en 2021, avant de passer le relais en 2025 à Ghislaine Leleux, qui en assure désormais la présidence. Au fil des décennies, la SAMC a ainsi traversé chaque grande étape de la vie du musée — travaux, renouvellements d’expositions, acquisitions marquantes —, tantôt comme soutien financier, tantôt comme relais de communication, toujours comme ambassadrice d’un patrimoine qu’elle contribue à faire vivre.

Quarante ans d’une mission inchangée, un avenir à inventer

Quatre décennies se sont écoulées depuis que quelques passionnés ont décidé de conjuguer leurs énergies autour du Musée Crozatier. Le monde a changé, les pratiques culturelles se sont transformées, les publics se sont diversifiés — mais la mission de l’association, elle, est restée intacte.

Au fil des années, la SAMC a su élargir son horizon, en développant des actions de médiation culturelle adaptées à des publics variés : jeunes générations, étudiants, personnes éloignées de l’offre culturelle.

En ce quarantième anniversaire, la Société des Amis du Musée Crozatier peut mesurer le chemin parcouru avec une légitime fierté. Elle a accompagné le Musée Crozatier dans sa transformation : bien davantage qu’un lieu de conservation il est devenu un espace vivant, ouvert, en prise avec son époque et avec les habitants du territoire.

La SAMC au diapason du Musée Crozatier : quarante ans d’une épopée culturelle en trois actes.

Façade sur rue avec extension moderne la nuit. Crédit photo :  Amandine Riou. Licence Creative Commons. Droits cédés au Musée Crozatier.

La Société des Amis du Musée Crozatier célèbre ses quarante ans, s’affirmant comme l’une des associations les plus dynamiques du département avec plus de 500 adhérents. Mais pour bien saisir l’ampleur de cet engagement, il faut se plonger dans le récit d’une structure qui a su caler son pas sur celui de son institution de tutelle. De l’effervescence des débuts dans le « vieux » musée à la métamorphose contemporaine, la SAMC n’a jamais cessé de battre le rappel des passionnés. Retour sur trois périodes charnières qui ont façonné l’identité culturelle du Velay.

1986 – 2008 : L’éveil du « vieux » musée et l’ancrage des fondations

Tout commence en 1986. À cette époque, le musée Crozatier est encore cet héritier des cabinets de curiosité du XVIIIe siècle, un lieu encyclopédique dont le charme réside autant dans ses collections hétéroclites que dans son atmosphère hors du temps. C’est sous l’impulsion de Jean-René et Chantal Mestre, entourés d’un groupe de jeunes amis, que la Société des Amis du Musée Crozatier voit le jour, malgré quelques oppositions initiales de certains acteurs culturels établis. Le soutien décisif du conservateur François-Xavier Amprimoz, historien de l’art et prix de Rome, permet à l’association de se structurer rapidement autour d’objectifs clairs : aider à l’acquisition de nouvelles pièces, valoriser le patrimoine de la Haute-Loire et faire rayonner l’institution auprès d’un public élargi.

Les Annales du musée Crozatier. Crédit photo: « SAMC »

Cette première ère est marquée par une volonté farouche de documentation et de partage. Dès 1988, une collaboration fructueuse donne naissance à une exposition sur la lentille verte du Puy. Mais le véritable tournant éditorial a lieu en 1992 avec le lancement du premier numéro des « Annales du musée Crozatier ». Parrainée par le chef étoilé Régis Marcon, cette publication luxueuse devient le porte-voix des « amoureux du musée ». Rédigée par des passionnés d’histoire locale, elle ne se contente pas d’être un catalogue ; elle sert de fonds documentaire précieux et incite le public à redécouvrir les richesses cachées derrière les vitrines anciennes. C’est aussi l’année où la Ville du Puy reconnaît officiellement l’importance de l’association en accordant la gratuité d’entrée à ses membres, symbole d’un partenariat pérenne.

L’ouvrage de référence Paysans d’antan. Crédit photo: « SAMC »

L’un des moments les plus épiques de cette période reste l’aventure du fonds photographique Nauton. En 1981, des étudiants retrouvent par hasard, à l’institut Pierre Gardette à Lyon, des centaines de clichés pris par Pierre Nauton pour son Atlas linguistique et ethnographique du Massif central. Grâce à l’acharnement de la SAMC et au travail de classement minutieux de Jean-René et Chantal Mestre, plus de 800 clichés, témoignages uniques d’un monde rural disparu, sont déposés au musée en 1996. Cette action aboutira à la publication de l’ouvrage de référence Paysans d’antan.

En 1996, la présidence passe à Robert Séguy. Sous son mandat, la SAMC s’ouvre aux plus jeunes avec le lancement, en 2001, du projet « Mus’Ecoles » qui insuffle une dimension pédagogique capitale. Un partenariat entre l’Éducation nationale et le service éducatif permet aux élèves d’explorer des thématiques variées à travers des ateliers animés par des artistes plasticiens.

2008 – 2018 : Le musée hors les murs, le défi de la fermeture

L’année 2008 marque un tournant radical avec l’arrivée de Joëlle Garnier à la présidence, rôle qu’elle assurera pendant 13 ans, et l’annonce de la fermeture imminente du bâtiment pour une rénovation totale et un agrandissement d’envergure. Les travaux s’étireront jusqu’en 2018. Le défi pour la SAMC est alors de maintenir le lien avec ses membres et le public alors que le cœur de l’institution est inaccessible.

C’est durant cette décennie que la SAMC prouve sa résilience en devenant itinérante. Le programme « Mus’Ecoles » devient le fer de lance de cette stratégie « hors les murs ». Puisque les élèves ne peuvent plus se rendre au musée, c’est le musée qui vient à eux : les équipes et les artistes se déplacent directement dans les écoles du département. Pour soutenir cette démarche, la SAMC et le service éducatif conçoivent des « malles » pédagogiques thématiques — de véritables micro-musées portatifs. Ces malles, traitant d’ « Arts et Maths » (entre 2010 et 2013) ou des « Mythes de l’Antiquité » (entre 2013 et 2016), permettent de poursuivre l’éveil artistique des enfants malgré les portes fermées du musée.

L’association multiplie également les projets d’édition pour garder les collections vivantes dans l’esprit des citoyens. En 2010, elle publie l’« Abécédaire du Musée Crozatier », où les œuvres emblématiques sont sublimées par les calligraphies de Michèle Faure. En 2016, elle s’adresse directement à la jeunesse avec l’album À la poursuite du Niurk-Niurk paru aux éditions du Poisson Soluble, écrit par Grégoire Kocjan et illustré par Juliette Barbanègre, transformant les trésors du musée en personnages de récit.

Exposition « Musée éphémère » Crédit photo: « SAMC »

Malgré le chantier, les grands rendez-vous comme la Nuit des Musées continuent d’exister sous des formes innovantes. En 2012, la façade du musée en travaux devient le support d’une projection monumentale mettant en lumière les collections à travers les regards croisés de différentes sections des Ateliers des Arts de l’agglomération. La SAMC initie aussi des «parcours contemporains» dans la cité, commandant des œuvres à des artistes tels que Mélanie Lesbats ou le performeur Yorga, dont l’habillage arachnéen de l’entrée du musée en 2012 reste gravé dans les mémoires. En 2013, un véritable « Musée Éphémère » voit le jour dans la chapelle d’Anne Marie Martel, exposant les travaux de 26 artistes locaux et prouvant que l’esprit Crozatier n’a pas besoin de murs pour rayonner.

Le Cabinet fantastique par la Compagnie L’Envolante. Crédit photo: « SAMC »

Depuis 2018 : la renaissance et l’élan vers la modernité.

La réouverture en 2018 : un musée métamorphosé.La SAMC l’accompagne dans ce renouveau en co-produisant, avec plusieurs institutions et collectivités locales, la pièce de théâtre Le Cabinet fantastique, inspirée de l’album du Niurk-Niurk. Cette œuvre originale, imaginée et produite par la compagnie L’Envolante, est représentée au sein même du musée et dans diverses communes de l’agglomération, scellant les retrouvailles entre l’institution et son territoire.

Cette dynamique est cependant rapidement freinée par la crise du COVID-19 et le confinement. Une nouvelle fois, l’association fait preuve d’inventivité en lançant les « Défis patrimoscope » sur son site internet. Les adhérents sont invités à porter un nouveau regard sur les œuvres à travers des poèmes, à raconter leurs premières visites au musée ou même à donner vie aux tableaux par des reconstitutions photographiques originales. Une manière ludique et moderne de maintenir la communauté soudée autour de son patrimoine.

Cette période a été l’occasion de favoriser, une fois de plus, la création et de mettre à l’honneur les artistes locaux. En pied de nez à la pandémie, Nicolas Savoye a imaginé et réalisé, à la demande de la SAMC, une œuvre très originale : le Snurfl, animal imaginaire ramasseur de déchets jouant le rôle de distributeur de gel hydroalcoolique (morv-hydroalcoolique en réalité) destiné à l’accueil du musée.

Sous les présidences de Marie-Christine Fabre (2021) la SAMC continue de diversifier ses actions. En 2022, l’ouverture de la section Jeunes Amis, destinée aux 18–36 ans, propose des visites décalées, des ateliers de création et des sorties en région dans des formats adaptés à cette génération, dans un esprit résolument convivial. Cette initiative ouvre de nouvelles perspectives et contribue à assurer la « relève ».

Exposition OFF Autoportraits. Crédit photo: « SAMC »

En 2023, elle organise l’exposition « Expo OFF Autoportaits d’artistes d’ici » à la commanderie St Jean, mettant en lumière 16 artistes locaux, en résonance avec l’exposition temporaire du musée Autoportraits de Cézanne à Van Gogh.

Ghislaine Leleux, élue en 2025, engage son équipe dans l’accompagnement actif des équipes du musée pour des actions en faveur de tous les publics : publics empêchés comme les résidents d’EHPAD et les personnes en situation de handicap, jeune public des « classes musée » du collège Jules Vallès et public familial grâce à la fête de la science en octobre.

2026 – La SAMC souhaite fêter, avec le plus grand nombre, son quarantième anniversaire en proposant un après-midi convivial, le 6 septembre, dans le jardin Henri Vinay. L’animation sera confiée au talentueux Thomas Tettamanzi avec la « guinguette à Eugène » accompagné du pianiste Medhi Smile et de l’imprimerie des « Mots Dits ». Encore une occasion de mettre le musée à l’honneur.